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BAR

« … elle regardait d’un œil ébloui les splendeurs qui l’entouraient. Ces girandoles de bougies, ces murs tendus de satin, d’un rouge mat, gaufré de fleurs en soie blanche, miroitant comme des grains d’argent, dansaient devant ses yeux et pétillaient comme de blanches étincelles sur la pourpre d’un brasier. »

Joris-Karl Huysmans

Le souvenir des maisons de plaisirs et des boudoirs de la Belle Epoque sert de fil rouge aux trois salons en enfilade de la Maison Souquet : un premier salon « de discussion » réservé aux hommes ; un salon « de présentation » qui rassemblait courtisanes et clients ; un salon « d’après » où ces derniers pouvaient prendre un verre ou fumer un cigare après être monté dans les étages.

Au fil de ces salons, miroirs, objets d’art et mobilier datant de la fin du XIXème siècle, tentures soyeuses et tableaux impressionnistes de femmes aux courbes appétissantes exhalent le parfum pimenté de ces lieux clos qui furent le vivier d’inspirations de nombreux artistes, quand se mêlaient tout à la fois les lumières, les rires, les conversations, le champagne et la musique.

Désormais, dans le confort de banquettes de velours, mets fins, alcools précieux et cocktails exclusifs se dégustent à toute heure dans une ambiance feutrée propice aux confidences. Le soir, à la lumière des bougies et dans des effluves de jasmin, cet écrin de beauté devient véritablement magique, entraînant ses hôtes dans un voyage hors du temps et des modes.

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LE SALON DES MILLE ET UNE NUITS

Reflet de cet orientalisme en vogue au XIXème siècle, le premier salon inaugure d’une manière flamboyante la Maison Souquet. Conçu en 1895 à la demande d’un aristocrate belge pour son hôtel particulier bruxellois, il est passé durant six mois dans les mains d’artisans experts pour être adapté à la mesure de la maison. Illuminé par un rare lustre « pagode » en verre de Murano, son spectaculaire décor de colonnes torsadées et d’arcades ouvragées, de plafond à caissons et de murs tendus de cuir de Cordoue incrustés par endroit de plaques d’émail précieux, s’apparente aux plus beaux palais mauresques du XIXème siècle.

Orné d’un ravissant tableau d’Emile Baes illustrant un nu féminin, ce premier salon, sorte de club privé, était jadis réservé aux hommes, qui s’y retrouvaient avant de gagner le Salon des Petits bonheurs : dans la fumée des cigares et le souffle de parfums s’échappant par moment des couloirs, prélude aux enchantements futurs, les conversations allaient bon train tandis que s’éloignaient les rumeurs de la ville.

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LE SALON DES PETITS BONHEURS

Dissimulé derrière un lourd rideau de velours, ce salon offre une ambiance particulièrement intime avec ses tonalités chaudes et ses boiseries habillant une cheminée monumentale en marbre de Belgique.  Entre le bar et la bibliothèque enrichie de livres anciens, son bel indiscret tendu de velours incite aux discussions, à la lecture ou aux jeux de société, échec ou backgammon, face à une grande toile de Charles Swyncop illustrant ces femmes qu’aimait tant peindre Toulouse-Lautrec : assise sur un tabouret de velours rouge, une « belle de jour » à moitié dévêtue, ruban de satin autour du cou en guise de bijou, regard en coin et moue boudeuse, lève les bras en signe d’abandon. Elle fut peut-être l’une des demoiselles de la maison Souquet qui, groupées dans ce salon de présentation, passaient le temps en buvant du champagne avant de monter par une porte secrète aux étages, pour offrir un moment d’extase.

Surplombant l’indiscret, le lustre du salon déploie douze branches s’achevant par des femmes au torse bombé. Dans une ronde malicieuse, quelque quatre-vingt petites têtes d’hommes sculptées dans les boiseries murales les regardent désormais pour l’éternité…

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LE JARDIN D'HIVER

L’ambiance feutrée du salon qui le précède se renforce encore dans ce Jardin d’hiver dont les tentures vert bouteille et les tissus fleuris typiques de la fin du XIXème siècle annoncent subtilement le petit jardin attenant. Entouré de miroirs anciens qui multiplient à l’infini les jeux de regards et de lumière, un très beau tableau de Nathanaël Sichel au thème bucolique offre à cet écrin capitonné une tonalité printanière. C’est là, après un passage dans l’une des vingt chambres de la maison, que se reposaient les hommes, dans des senteurs de liqueurs fortes et le murmure de conversations polissonnes, avant de quitter les lieux pour retrouver l’agitation citadine.

Apprécié des fumeurs, le petit jardin aux murs tapissés de treillage vert amande incite à la confidence avec son banc à col de cygne échappé de la Malmaison : une subtile conclusion à l’enfilade de ces salons à l’envoutant parfum de la Belle Epoque.